
Aborder la laïcité seulement et constamment sous l’angle du combat est réducteur et trompeur. C’est la rengaine/piège des laïcards qui veulent voir dans l’islam et la présence visible des musulmans une attaque constante à la laïcité, souvent par islamophobie il faut bien le dire. [1]
Aussi, ce fameux combat défensif de la laïcité ne s’illustre-t-il que face à une supposée sous-jacente islamisation des sphères sociales.
En effet, on ne parle jamais des femmes juives qui réservent des créneaux de piscine réservés aux femmes, mais uniquement des femmes musulmanes qui souhaiteraient faire de même. Il y a donc des militants de la laïcité à militance variable selon les religions (on appelle cela de la discrimination).
La laïcité est bien un acquis depuis plus d’un siècle et la dernière entorse qui a été faite à cette laïcité est la loi de 2004 contre les signes ostensibles à l’école, appelée aussi loi anti-foulard.
En effet, les structures et les administrations de l’état sont laïques et religieusement neutres, et le public accueilli dans ces structures est ce qu’il est : lui-même avec ses signes et ses identités. C’est ça la laïcité appliquée au cadre scolaire, ce n’est pas d’enlever le foulard à des élèves sous prétexte de danger islamiste. La voilà la vraie exclusion et le vrai signe de rejet des citoyens de confession musulmane. L’état a changé la laïcité spécialement pour ces filles. Le problème est donc bien un problème de présence et de relation avec les citoyens musulmans et non pas une défense de la laïcité.
Cet acquis de la laïcité, issu d’un processus historique particulier à la France, commençait à voir le jour en 1598 avec l’édit de Nantes qui avait dissocié citoyenneté et appartenance religieuse. Puis 1789 et 1905 furent les jalons importants de sa stabilisation. Comment alors aborder la création du CFCM par les politiques (gauche et droite confondus) qui sont les mêmes qui parlent constamment de laïcité. N’est-ce pas une entorse à la laïcité ?
Choisir des musulmans représentatifs (entendre dociles) n’est-il pas une absence de neutralité ? La fondation des œuvres musulmanes (par De Villepin) dont un commissaire aux comptes missioné par l’état pour surveiller le contenu et/ou son utilisation n’est-il pas un grave manquement à la laïcité ? Les prises de position sur le "bon islam" ou le "mauvais islam" par les politiques n’est-il pas une entorse à la laïcité ? Entendre des élu-e-s nous expliquer que l’islam est ceci ou n’est pas cela, n’est-il pas justement l’absence de neutralité ? [2]
Pourtant, le foulard (entendre la visibilité des musulmanes) reste toujours le souci dans les discours. Il faudrait se rappeler de l’abbé Pierre siégeant à l’assemblée dans son habit traditionnel chrétien, ainsi que différents élus de la république au parlement ou au sénat avec les mêmes vêtements. Il n’y avait alors pas d’entorse à la laïcité. Il y avait certainement des mécontents, des contestataires, mais le cadre de la loi était bien respecté. Donc pourquoi toutes ces questions pour un bout de tissu ? [3]
Par ce qu’il s’agit de l’islam. Et quand il s’agit de l’islam, les clichés et mythes savamment entretenus sont et restent la matière première des débats. Religion conquérante, islamisation rampante, femmes soumises, etc... sont et restent malheureusement pour le débat français, et donc les français-es, un refrain chanté à l’unisson.
Mais le plus regrettable reste selon moi la méconnaissance des élu-e-s et autres acteurs politiques et/ou associatifs à propos de cette laïcité. En effet, la confusion est constante entre sphère privée et espace privé, entre sphère publique et espace publique, et j’en passe. Cette méconnaissance n’est-elle pas le signe de régression et le vrai danger qui menace la laïcité ? C’est à dire que celles et ceux qui sont censés la promouvoir et l’appliquer ne la connaissent pas eux mêmes ?
Mi figue mi raisin.
J’aimerais bien qu’on me démontre en quoi les citoyens français de confession musulmane sont plus communautaristes (ou communautarisés) aujourd’hui qu’hier !
Et en quoi ces mêmes citoyens sont plus communautarisant que les juifs ou les arméniens ?
Au final et apparemment, son foulard/fichu/bandana paraît vous gêner, M. Sulli, puisque vous semblez souhaiter qu’il puisse « tomber de lui même ». Aussi, l’émancipation politique et sociale permise à tous-tes par la laïcité devrait-elle être encore une fois réduite concernant les musulmanes. Elles devraient d’abord se défaire de leur religion ou seulement de sa visibilité (décidément on croirait qu’on ne voit qu’elles pourtant c’est bien les grandes absentes des débats les concernant) afin d’accéder à la possibilité politique. Mais c’est écrit où ?!?
Votre lettre a le mérite de prendre la défense d’une élue de votre bord politique. C’est là son seul mérite. [4]Car en matière de défense de la laïcité, je n’y ai pas trouvé mon compte. Et en ce qui concerne le discours sur les citoyens français de confession musulmane, j’aurais espérer mieux de votre part.
Je trouve que votre courrier a une génération de retard car l’immense majorité des citoyens français de confession musulmane a compris et accepté le cadre laïque, tel qu’il est dans ses fondements, c’est à dire une liberté et une garantie du culte sans ingérence du pouvoir sur les religions. Au contraire, ces mêmes citoyens se heurtent souvent à une rengaine laïcarde qui ne respecte pas la laïcité et la méconnait.
La laïcité n’est pas un combat, c’est un principe d’organisation politique de l’état qui devrait être connu et compris au moins par les politiques.
Philippe ROBIN, président de Pas à Pas, le 10/02/2010 à St Martin d’Hères


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